exposition

Kapwani Kiwanga au Prix Marcel Duchamp 2020

Dans le cadre du Prix Marcel Duchamp 2020 du 7 octobre au 4 janvier 2021, Kapwani Kiwanga présente son projet « Flowers for Africa » au Centre Pompidou.

Le prix Marcel Duchamp fut créé en 2000 afin de promouvoir la scène artistique française et d’apporter un soutien aux artistes. Chaque année un jury de sept personnalités définissent les quatre nommés puis le lauréat. Se tient alors, au Centre Pompidou, une exposition des quatre nommés. Ces derniers sont cette année : Alice Anderson, Hicham Berrada, Enrique Ramirez et la lauréate Kapwani Kiwanga.

Crédit Photos : Luc Castel

Artiste internationale, née en 1978 au Canada, elle a étudié l’anthropologie et la religion comparée à l’Université McGill de Montréal avant d’intégrer un post-diplôme à l’école des Beaux-Arts de Paris. Elle utilise de nombreuses formes d’expressions artistiques, installations, sculptures, photographie, vidéos, performance, afin de remanier des sujets de la sphère géopolitique contemporaine.

Tout d’abord, le travail de Kapwani Kiwanga est influencé par ses origines. Dans son interview en 2020 pour le Centre culturel canadien, elle témoigne de son multiculturalisme : « Je fais toujours des recherches pour créer des formes.[…] Je suis canadienne et française, ces deux cultures se parlent ensemble comme d’autres expériences de la vie qui construisent ma personnes. ». D’autre part, sa pratique artistique est inspirée de sa formation de chercheuse en anthropologie et religion comparée : « dans mon travail global il y a cet intérêt pour la croyance […] un moteur pour les êtres humains pour créer des choses ». (interview au Musée des beaux-arts du Canada, 2018). Sa propre croyance en la science est sans nul doute le moteur d’une quête particulièrement orientée vers la transmission de son savoir.

© ADAGP/Courtesy the artist and galerie Poggi

C’est dans une atmosphère onirique au milieu de bouquets de fleurs remplis d’histoire que le visiteur entre en plein cœur de l’univers de Kapwani Kiwanga.

Œuvre protocolaire initiée en 2013, « Flowers for Africa » consiste à réinterpréter pour chaque exposition, des compositions florales et végétales d’après des images d’archives. Questionnant la fragilité et la hiérarchie de l’histoire, Kapwani Kiwanga a reconstitué des bouquets de fleurs ayant servis de symboles lors de cérémonies ou événements relatifs à l’Indépendance de pays africains.

Chacun exposé sur des socles jouant entre le statut d’œuvre d’art et de pièce d’archives. Au fil du temps, ces bouquets fanent jusqu’à disparaître et être jetés au démontage. Inconditionnelles vanités, ces natures mortes sont condamnées à apparaître et disparaître dans le tourbillon du temps. L’artiste nous incite à méditer sur l’Histoire, la fragilité et la temporalité de cette dernière.

« Flowers for Africa » apparaît pour la première fois en 2013 lors de la résidence de Kapwani Kiwanga à Dakaryt. Elle est réactivée la même année à la Galerie Le Manège puis à la galerie Karima Célestion (Marseille) et enfin en 2014 à la galerie Jérôme Poggi (Paris). L’artiste a pour projet d’activer « Flowers For Africa » pour le Rwanda à la foire de ArtBasel en juin 2021.

©galerie Poggi / Kapwani Kiwanga et Jérôme Poggi

En entrant dans la salle, notre regard reste accroché sur une monumentale guirlande végétale de 6 mètres de long. Celle-ci fait référence à l’originale, élevée et décorée pour le jour de l’Indépendance du Rwanda le 1er juillet 1962. La guirlande trône de tout son long au-dessus de douze bouquets.

Ces bouquets se dressent tels des reliques, des artefacts revenus du passé pour nous rappeler leur histoire. Histoires toutes uniques et toutes avec une même finalité : l’Indépendance de leur pays.

Nous retrouvons parmi tous ces bouquets Uganda, Ivory Coast, Mozambic, Algeria, Tanzania ou encore Nigéria. Ce dernier est représenté par un bouquet léger et délicat rappelant celui donné à la Princesse Alexandra pendant la cérémonie d’institution du nouveau parlement indépendant Nigérien en Octobre 1960. Composé d’orchidées et de fougères, ce dernier est relié par un ruban de soie rosée.

Courtesy de l'artiste

Depuis plusieurs siècles, les natures mortes existent mais c’est au XVIIe siècle qu’elles prennent toute leur importance. En effet, la peinture flamande incorpore aux natures mortes un message de vanité montrant le caractère éphémère de la vie. Ce thème évolue et réapparaît d’une certaine manière avec le Land Art, mouvement qui apparaît autour de 1967 dans l’ouest américain. Le Land Art utilise des matériaux de la nature pour créer des installations in situ, généralement en extérieur, alors soumises aux dégradations du temps et aux érosions naturelles. Dans « Flowers for Africa », Kapwani Kiwanga reprend subtilement le thème de la nature morte et fait entrer au Prix Marcel Duchamp 2020 une touche de Land Art.

Bouquet de fleurs avec bijoux, pièces et coquilles (1606). Huile sur cuivre, 65 × 45 cm, Pinacoteca Ambrosiana, Milan.

Lors de l’annonce du lauréat du Prix Marcel Duchamp, le directeur du Musée d’Art Moderne, Bernard Blistène, s’est adressé à Kapwani Kiwanga, :« Nous avons compris combien ton projet ouvrait un vaste programme à la fois poétique et sans doute politique. Combien tu avais élaboré ce que d’une certaine façon j’appellerais un laboratoire de la pensée sur la mémoire et sur l’archive comme une source de transfiguration de notre monde d’aujourd’hui. ».

Malgré la Covid-19 et le confinement survenu quelques semaines après l’ouverture de l’exposition, les acteurs de la Culture innovent et cherchent de nouvelles alternatives. Aujourd’hui, en attendant la réouverture de l’exposition du Centre Pompidou, Kapwani Kiwanga continue d’être visible en ligne sur le site internet de la galerie Jérôme Poggi avec son exposition personnelle mettant à l’honneur son projet « Nation ». 

Toujours en quête de réponse, Kapwani Kiwanga poursuit le développement de ses projets et prévoit également plusieurs expositions en 2021. Nous pourrons alors la retrouver, pour notre plus grand plaisir, lors de la foire d’Art Basel et aux rencontres d’Arles en juin et juillet prochains.

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